Par Martin Péneau dans les catégories Bâle & Genève 2008
Pour fêter les 25 ans de la manufacture Chronoswiss, Gerd-Rüdiger Lang a présenté une nouvelle collection répondant au nom évocateur de “Edition Zeitzeichen” qui signifie en Allemand: “Édition Signe du temps”.
Derrière cette appellation se cache un hommage à différents savoir-faire artisanaux traditionnels qui, dans le monde de l’horlogerie, ont éclos il y a déjà plusieurs siècles: le squelattage, la gravure et le guillochage, trois disciplines réunies dans les Editions Zeitzeichen conçues en collaboration avec un maître de renom dans son art, Jochen Benzinger, originaire de Pforzheim.
Les technologies de pointe modernes ne sont pas la tasse de thé de Monsieur Benzinger, maître-horloger de 46 ans. Plutôt qu’à celles-ci, il préfère faire confiance à la dextérité de ses propres mains. Toute son équipe s’y connaît parfaitement en squelettage et guillochage, y compris en machines manuelles qui rappellent plus un musée qu’un atelier de fabrication contemporain pour mécanismes d’horlogerie. La pièce la plus ancienne date de la fin du 19ème siècle, la machine la plus récente a, quant à elle, l’âge de ceux qui prennent une retraite bien méritée.
Alors qu’il cherchait un spécialiste pour la fabrication de la nouvelle gamme, il n’a pas fallu longtemps au propriétaire de Chronoswiss, Gerd-Rüdiger Lang, pour savoir avec qui il réaliserait ses premières ” Zeitzeichen “. Comme lui, Jochen Benzinger vit avec son époque, mais il puise avec une régularité certaine, son inspiration du passé – et il ne jure que par le travail manuel. Lang a eu la vision d’ennoblir des mouvements d’horlogerie en suivant toutes les règles d’artisanats divers. Cette idée, Jochen Benzinger l’a transposée avec majesté : la différence entre l’ébauche et ce qui en découle à Pforzheim au terme d’un procédé extrêmement compliqué – y compris la transformation parfaite des ponts et des pièces d’acier – est tout simplement grandiose.
La squelettisation, les gravures et le guillochage des quatre différents design des premières ” Edition Zeitzeichen ” sont de véritables merveilles. Elles incitent à la contemplation permanente, à la découverte perpétuelle de détails nouveaux fascinants. Les autres non moins importantes créations relatives au façonnage de la très expressive ” Zeitzeichen ” sont dirigées par les employés de Gerd-Rüdiger Lang.
Chacun des quatre modèles différents possède un charme irrésistible individuel, lequel ne peut que résulter d’un travail fait main et d’un amour du métier sans bornes et libéré des chaînes du temps. Le fond en verre, si caractéristique des montres Chronoswiss, confère un charme supplémentaire à ces œuvres d’art – difficile de dire lequel des deux côtés a la vue la plus raffinée à offrir.
Cette collection se décline en différentes versions: d’une sensualité romantique avec des décorations florales entremêlées et enjouées ainsi que de multiples détails (en deux versions : entièrement squelettisée ou avec cadran ajouré), mystiquement masculine en dragon finement façonné ou avec un cadran guilloché à la main et affichage des secondes avec guichet laissant apparaître le mécanisme à 6h.
Mouvement: ETA 6497-1 en modification individuelle (petite série), remontage manuel, (16 ½´´´ ø 36,6 mm, épaisseur 4,70 mm), 17 rubis, pare-chocs Incabloc, autonomie de marche d’environ 40 heures, 2,5 Hz., 18 000 alternance/heure (semi oscillations); balancier à vis glycidur fait main, spirale plate Nivarox 1; ancre, roue d’ancre et vis en poli spéculaire, platine, ponts à rouage et coq squelettisés et gravés à la main; vis en acier en poli spéculaire (en partie thermo bleutées); rochet, roue à couronne et roue à cliquet thermo bleutées, autres pièces de mécanisme en partie recouvertes de platine bleue.
Affichages : heures, minutes, secondes
Boîtier: Boîtier massif de 20 pièces en or rose, adouci et poli, ø 44 mm, épaisseur : 13,45 mm; verre saphir plat antireflet d’un côté avec phase circulaire ; couronne oignon massive dans le matériel du boîtier ; fond à vis entièrement filetée et verre saphir antireflet d’un côté ; barrettes de bracelet avec système autobloc patenté ; étanche jusqu’à 3 atm (30 m).
Cadran/aiguilles : Cadran Sterling massif (925), guilloché à la main, gravé et squelettisé; aiguilles en acier thermo bleutées. Edition I: florale, squelette), Edition II: Florale, cadran ajouré, Edition III: Dragon, Edition IV: cadran guilloché avec guichet des secondes au niveau du ” 6 “
Bracelets : bracelet en cuir de croco de Louisiane avec fil de cuivre et boucle déployante vissée avec système autobloc patenté
La squelettisation de mouvements d’horlogerie célébra sa renaissance dans les années 1930, c’est-à-dire à une époque où l’industrie de l’horlogerie était ébranlée par la crise. À défaut de nouvelles commandes, les artisans disposèrent de nombreuses muses, sujets de réflexion et d’inspiration créatrice. En quête d’idées leur permettant d’utiliser à bon escient un temps dont ils disposaient largement, certains d’entre eux redécouvrirent un domaine spécial de l’horlogerie qui existait déjà au 18ème siècle et qui alors, était tombé dans les abysses de l’oubli. Pour leurs travaux filigranes, les artisans utilisaient depuis toujours des calibres tout à fait normaux. Tout d’abord, ils dessinaient les contours du squelette avec une aiguille. Après avoir effectué de minutieuses perforations, ils éloignaient le matériau superflu avec une scie. Biseauter les bords selon un angle de 45 degrés et graver les surfaces constituaient les étapes suivantes du travail. Les particularités frappantes d’un bon travail manuel ne résidaient et ne résident pas seulement dans le façonnage minutieux des angles, mais aussi dans la coïncidence des pièces superposées: afin de ne pas altérer l’aperçu général, elles devaient être aussi congruentes que possible.
Les orfèvres de l’ancienne Égypte ou de Grèce ornaient déjà de gravures, des objets de ” lumière solidifiée du soleil “. À cet effet, ils gravaient à l’aide d’outils pointus des motifs divers et variés. Dans l’Europe des 15ème et 16ème siècles, des travaux d’une habileté inégalable furent réalisés. Des objets d’ornement en métal, des bijoux et des montres, mais aussi des armes furent pourvus de décorations magnifiques. Le monde moderne a amené la mécanique et entre temps, des procédés de gravure pilotés par informatique. Les rayons laser sont aussi appropriés à cet effet. Mais aucune machine ne parviendra jamais à reproduire ce que de patientes mains humaines sont capables de réaliser. Elles sont certes, constantes et régulières, mais il leur manque le charme unique d’un travail fait main, tel celui que Jochen Benzinger réalise avec des méthodes traditionnelles. À Pforzheim ne sont utilisés que des poinçons et des procédés de travail que déjà les pères et les grands-pères utilisaient. C’est pourquoi chaque gravure est unique.
Le procédé mystérieux du guillochage consiste à graver des figures géométriques entrelacées sur du métal. Il est issu de ” l’artisanat royal ” de la tabletterie, qu’une grande partie de la haute noblesse appris entre le 16ème et le 18ème siècle. Sur cette base, de géniaux horlogers créèrent des machines de guillochage précises, hautement complexes, actionnées par la force du bras, pour le façonnage de cadrans et de boîtiers. Ce procédé complexe, que seulement peu d’artisans maîtrisent encore aujourd’hui, offre un subtil langage des formes, de même qu’une prodigieuse variété de compositions. À main levée, le guillocheur déplace l’objet en question tout autour du poinçon qui grave alors ses motifs sur environ un dixième de millimètre de profondeur. Aussi, de minuscules irrégularités témoignent d’un travail traditionnel. Des cadrans arborant des structures parfaitement régulières révèlent au contraire l’empreinte d’un procédé de fabrication (automatisé). Pour guillocher des motifs nouveaux, mais toutefois classiques sur des boîtiers, des cadrans, des mécanismes et des rotors, Jochen Benzinger utilise un tour à guillocher à actionnement manuel.
(Sources: Chronoswiss & Jochen Benzinger)
Tags:Chronoswiss
4 commentaires
Jonathan
June 6th, 2008 at 11:54
1Elle est magnifique :)
Francisco MALPICA
June 6th, 2008 at 14:07
2En ce qui me concerne, je ne suis pas très fan des squelettes, je ne trouve pas cela si beau, sauf si c’est juste une fenêtre comme pour les tourbillons. Un dos en saphire me suffit pour admirer le mouvement.
Mais cela doit être en revanche très beau de voir le mecanisme bouger sur ces montres-là… Et le travail derrière est fascinant.
Martin Péneau
June 6th, 2008 at 19:28
3Moi non plus je ne suis pas fan des squelette; ça donne un aspect baroque qui me déplait. J’ai observé une fois une squelette Vacheron Constantin. Sans exagérer, ça donne le tourni…
Gaet
June 9th, 2008 at 15:24
4Je suis d’accord avec l’avis général, par contre je trouve qu’un cadran avec des compteurs ou autres laissant discrètement apparaître un mouvement squelette est assez joli (comme sur l’avant dernière photo)
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